PHẠM HẬU (1903-1995) : DEUX IMPORTANTES LAQUES RETROUVÉES DE LA PÉRIODE COLONIALE
- 19 juin
- 6 min de lecture

Deux œuvres conservées depuis l'Indochine française
Le marché de l'art vietnamien connaît depuis plusieurs années un regain d'intérêt spectaculaire. Porté par l'émergence de collectionneurs vietnamiens internationaux et par la redécouverte des grands maîtres de l'École des Beaux-Arts de l'Indochine, ce secteur figure désormais parmi les segments les plus dynamiques du marché de l'art asiatique.
Parmi les artistes les plus recherchés figure aujourd'hui Phạm Hậu (1903-1995), considéré comme l'un des plus grands maîtres de la laque vietnamienne du XXe siècle.
Les deux panneaux présentés ici constituent un ensemble exceptionnel tant par leur qualité que par leur provenance. Conservés dans la même famille depuis leur acquisition à Hanoï avant 1942, ils témoignent de la pleine maturité artistique de l'artiste durant la période coloniale.
Acquis par Henri Prêtre, fonctionnaire du Ministère des Colonies ayant exercé à Saïgon, Phnom Penh puis Hanoï, ils sont demeurés dans la même descendance pendant plus de quatre-vingts ans avant leur réapparition sur le marché.
Une telle provenance constitue aujourd'hui un argument de premier ordre pour les collectionneurs d'art vietnamien moderne.
Phạm Hậu, l'un des grands maîtres de la laque vietnamienne

Né en 1903 dans le village de Đông Ngạc, près de Hanoï, Phạm Hậu appartient à la génération fondatrice de la peinture moderne vietnamienne.
Après une première formation auprès du peintre Nam Sơn, il intègre la cinquième promotion de l'École Supérieure des Beaux-Arts de l'Indochine entre 1929 et 1934.
L'établissement, dirigé par Victor Tardieu et Joseph Inguimberty, joue alors un rôle fondamental dans l'émergence d'un art vietnamien moderne. Les artistes y apprennent les techniques académiques occidentales tout en redécouvrant les traditions artistiques vietnamiennes.
La laque devient rapidement le terrain d'expérimentation privilégié de cette génération.
Aux côtés de Nguyễn Gia Trí, Trần Văn Cẩn ou Nguyễn Khang, Phạm Hậu contribue à transformer un artisanat traditionnel en un médium artistique majeur capable de rivaliser avec la peinture occidentale.
Ses œuvres se distinguent par leur virtuosité technique, leurs compositions monumentales et leur maîtrise exceptionnelle des effets de profondeur obtenus grâce aux superpositions successives de laque, d'or et de pigments.
Les poissons rouges et l'abondance : prospérité et raffinement

Le premier panneau représente un groupe de poissons rouges évoluant dans un univers aquatique stylisé composé de coraux, d'algues et de rochers.
La composition frappe immédiatement par la puissance de son fond rouge cinabre uniforme, couleur rarement utilisée avec une telle intensité dans la peinture vietnamienne de cette période.
Les poissons apparaissent comme suspendus dans un espace presque abstrait où seuls quelques éléments végétaux viennent rythmer la surface.
Le sujet est profondément symbolique.
Dans la tradition vietnamienne et chinoise, le poisson est associé à l'abondance, à la réussite et à la prospérité. Le terme désignant le poisson partage d'ailleurs une proximité phonétique avec celui évoquant le surplus et la richesse.
Cette iconographie est particulièrement appréciée durant la période coloniale, tant par les collectionneurs vietnamiens que par les amateurs européens installés en Indochine.
Sur le plan technique, l'œuvre révèle toute la maîtrise de Phạm Hậu.
Les écailles des poissons sont obtenues par de multiples couches de laque polie tandis que les végétaux sont traités à la poudre d'or. Les contrastes entre les rouges profonds, les noirs et les rehauts métalliques créent une impression de mouvement et de lumière caractéristique de son travail.
Cette œuvre appartient clairement à la production la plus raffinée de l'artiste durant les années 1930 et 1940.
La Pagode Thầy : une vision idéalisée du Vietnam

Le second panneau représente la célèbre pagode Thầy (Chùa Thầy), l'un des sites religieux les plus importants du Nord Vietnam.
Située au pied du mont Sài Sơn, à l'ouest de Hanoï, cette pagode est associée au moine Từ Đạo Hạnh, figure légendaire du bouddhisme vietnamien et fondateur du théâtre traditionnel de marionnettes sur l'eau.
Les paysages sacrés occupent une place centrale dans l'œuvre de Phạm Hậu.
À travers eux, l'artiste cherche à construire une vision poétique et idéalisée du Vietnam.
La composition présente tous les éléments caractéristiques de son style :
montagnes rocheuses inspirées des reliefs du Tonkin ;
architecture vietnamienne traditionnelle ;
arbres aux ramifications spectaculaires ;
contrastes entre l'or, le noir et le rouge ;
profondeur spatiale obtenue par les superpositions de laque.
La végétation dorée qui envahit le premier plan rappelle presque les formes du corail, créant un dialogue visuel subtil avec le panneau des poissons rouges.
Cette œuvre appartient à la catégorie la plus recherchée de la production de Phạm Hậu : les grands paysages monumentaux exécutés durant la période précédant l'indépendance du Vietnam.
Une provenance coloniale exceptionnelle
Les deux panneaux furent acquis à Hanoï avant 1942 par Henri Prêtre.
Fonctionnaire du Ministère des Colonies, il participa notamment à l'organisation du pavillon de l'Indochine lors de l'Exposition universelle de Paris de 1937 avant d'être affecté à plusieurs postes en Indochine.
Cette provenance présente aujourd'hui plusieurs avantages majeurs :
acquisition contemporaine de l'artiste ;
présence documentée à Hanoï durant la période de création ;
conservation continue dans la même famille ;
absence totale du marché pendant plus de huit décennies.
Dans le domaine de l'art vietnamien moderne, les œuvres bénéficiant d'une provenance aussi ancienne sont devenues particulièrement rares.
La cote de Phạm Hậu : une progression spectaculaire

Depuis une quinzaine d'années, la cote de Phạm Hậu a connu une progression remarquable.
Longtemps considéré comme un spécialiste de la laque apprécié des connaisseurs, il est désormais reconnu comme l'un des grands maîtres de l'École des Beaux-Arts de l'Indochine.
L'événement majeur intervient en 2021 lorsque le monumental paravent Golden Sunset over Halong Bay, provenant de l'ancienne collection de l'empereur Bảo Đại, est vendu chez Bonhams Hong Kong pour 9 732 500 HKD, soit plus de 1,2 million de dollars américains.
Cette adjudication établit un record mondial pour l'artiste et confirme l'intérêt croissant des collectionneurs asiatiques pour les grandes laques vietnamiennes historiques.

Cette dynamique du marché s'est aussi illustrée récemment lorsqu'un monumental triptyque en laque de Phạm Hậu, représentant une harde de cerfs dans une jungle tropicale et expertisé par Gauchet Art Asiatique, a atteint 567 062 € à Drouot en mars 2026. Cette adjudication exceptionnelle confirme la place de Phạm Hậu parmi les artistes vietnamiens les plus recherchés du marché international et souligne l'importance du travail d'expertise mené par Gauchet Art Asiatique sur les œuvres majeures de l'École des Beaux-Arts de l'Indochine.
Plusieurs autres compositions importantes ont régulièrement dépassé les 150 000 à 300 000 euros ces dernières années dans les ventes spécialisées consacrées à l'art vietnamien moderne.
Comparatifs de marché
Les œuvres de Phạm Hậu peuvent aujourd'hui être réparties en plusieurs catégories :
Dessins et études sur papier 5 000 à 30 000 €
Petits panneaux en laque 15 000 à 50 000 €
Panneaux décoratifs importants 30 000 à 100 000 €
Paysages monumentaux et sujets emblématiques 80 000 à 300 000 €
Paravents et chefs-d'œuvre muséaux 300 000 € à plus de 1 000 000 €
Les sujets les plus recherchés sont :
les paysages du Tonkin ;
les vues de la baie d'Halong ;
les temples et pagodes ;
les grandes compositions animalières ;
les œuvres exécutées entre 1935 et 1945.
Les deux panneaux présentés ici réunissent précisément plusieurs de ces critères particulièrement recherchés.
Gauchet Art Asiatique, spécialiste de l'art vietnamien

Gauchet Art Asiatique accompagne collectionneurs, familles, successions et maisons de ventes dans l'expertise et la valorisation des œuvres vietnamiennes modernes.
Le cabinet intervient régulièrement sur les œuvres des grands maîtres de l'École des Beaux-Arts de l'Indochine : Phạm Hậu, Nguyễn Gia Trí, Mai Trung Thứ, Lê Phổ, Vũ Cao Đàm, Lê Thị Lựu ou encore Nguyễn Phan Chánh.
Grâce à une connaissance approfondie du marché international et à un réseau actif de collectionneurs en Europe et en Asie, Gauchet Art Asiatique réalise expertises, estimations, recherches de provenance et accompagnement à la vente pour les œuvres vietnamiennes modernes.
Pour une expertise ou une estimation confidentielle, contactez Gauchet Art Asiatique via www.gauchetexpert.com.



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