Porcelaines chinoises et vietnamiennes
- 18 févr.
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VIETNAM, XVIIIe siècle
Théière en porcelaine "Bleu de Hué", une marque "内府待東" (Nội phủ thị đông» soit « Palais intérieur enceinte de l'Est » ) à quatre caractères sous la base.
VENDU par le Cabinet Gauchet Art Asiatique pour 122.000 euros (hors frais)
Comment les distinguer pour une expertise et une estimation fiables
Les porcelaines asiatiques, en particulier les productions bleu et blanc, font régulièrement l’objet de confusions entre Chine et Vietnam. Cette proximité stylistique s’explique par des échanges techniques anciens et par l’influence durable des modèles chinois dans les ateliers vietnamiens. Ces confusions entraînent aujourd’hui de nombreuses erreurs d’attribution, avec des conséquences directes sur l’estimation et la valeur marchande.
Savoir distinguer une porcelaine chinoise d’une porcelaine vietnamienne constitue donc un préalable indispensable à toute expertise sérieuse.
Contexte historique : deux traditions liées mais distinctes
Dès le XVe siècle, le Vietnam développe une production céramique importante, notamment sous l’influence directe des porcelaines chinoises de la dynastie Ming. Certaines pièces vietnamiennes sont produites pour l’exportation vers l’Asie du Sud-Est et le monde islamique, comme en témoignent plusieurs découvertes archéologiques et cargaisons de naufrages.
Contrairement à la Chine, le Vietnam ne dispose toutefois pas de fours impériaux organisés à grande échelle. La production reste plus artisanale, moins standardisée, ce qui se reflète dans la matière, les formes et l’exécution des décors.
VIETNAM, XVIIIe siècle
Rare coupelle en porcelaine "Bleu de Hué", une marque "内府侍中" (Nội phủ thị Trung" pour « Fait pour le palais du Centre »).
VENDU par le Cabinet Gauchet Art Asiatique pour 11.000 euros (hors frais)
La pâte : un critère d’identification déterminant
La pâte constitue l’un des premiers éléments à examiner lors d’une expertise.
Les porcelaines vietnamiennes anciennes présentent généralement une pâte légèrement grise ou beige, parfois plus poreuse, avec des inclusions visibles. La texture est moins homogène et la cuisson peut apparaître moins maîtrisée.
À l’inverse, la pâte des porcelaines chinoises est en général plus blanche, plus dense et plus régulière, en particulier dans les productions officielles ou de qualité supérieure. Même sur des pièces utilitaires, la maîtrise technique reste perceptible.
Ces différences sont souvent visibles au niveau du pied, là où la glaçure est absente.
Le bleu de cobalt : un marqueur visuel essentiel
Le traitement du cobalt constitue un critère fondamental de distinction.
Sur les porcelaines vietnamiennes, le cobalt a tendance à diffuser dans la glaçure, créant des contours flous, parfois baveux, avec des variations de densité. Cette diffusion donne un aspect vivant mais moins contrôlé.
Les porcelaines chinoises présentent un cobalt plus maîtrisé, avec des lignes nettes, des contrastes équilibrés et une meilleure définition des motifs. Dans les productions impériales, cette maîtrise est particulièrement évidente.


CHINE pour le VIETNAM, XVIIIe siècle
Rare coupelle en porcelaine "Bleu de Hué". Une marque "Nội phủ thị hữu" (內府侍右, Pour le Palais de droite) à quatre caractères sous la base. Cerclage métallique en bordure.
VENDU par le Cabinet Gauchet Art Asiatique pour 22.000 euros (hors frais)
Les formes et proportions
Les porcelaines vietnamiennes adoptent souvent des formes plus trapues, avec des profils moins tendus et des asymétries légères. Les bases peuvent être plus hautes et moins régulières.
Les porcelaines chinoises recherchent une perfection formelle : lignes tendues, proportions équilibrées, répétition fidèle des modèles. Cette rigueur est un élément clé de l’identification.
Une forme légèrement maladroite n’est pas un défaut en soi, mais elle oriente fortement l’expertise vers une production vietnamienne.
Le décor : spontanéité versus codification
Le décor vietnamien se distingue par une grande liberté graphique. Les motifs sont parfois naïfs, les scènes narratives traitées de manière spontanée, sans hiérarchie stricte.
Le décor chinois est en revanche fortement codifié. Les motifs suivent une iconographie précise, structurée selon des règles établies, avec une hiérarchie claire entre les éléments principaux et secondaires. Les symboles impériaux, en particulier, obéissent à des conventions strictes.
VIETNAM, XIXe siècle
Bol en porcelaine Bleu de Hue à décor bleu et blanc figurant un dragon parmi les nuages sur fond alvéolé. Marque "Viên long" au dragon sous la base.
VENDU par le Cabinet Gauchet Art Asiatique pour 13.000 euros (hors frais)
Usure, patine et vieillissement
L’analyse de l’usure constitue un complément indispensable.
Les porcelaines vietnamiennes anciennes présentent souvent une usure plus marquée et plus irrégulière, liée à une pâte généralement plus tendre. Les porcelaines chinoises montrent une usure plus progressive et localisée, cohérente avec leur matière et leur ancienneté.
Toute incohérence entre l’usure, la pâte et le décor doit être examinée avec attention, notamment en cas de restauration ou de transformation.
Conséquences sur l’estimation et la valeur
La distinction entre porcelaine chinoise et porcelaine vietnamienne a un impact direct sur l’estimation.
Une porcelaine chinoise de la dynastie Ming ou Qing peut atteindre des niveaux de valeur très élevés sur le marché international. Une porcelaine vietnamienne comparable, bien que présentant un intérêt historique et muséal réel, se situe généralement dans des fourchettes plus modérées.
Une confusion d’attribution peut conduire soit à une surévaluation irréaliste, soit à une sous-estimation injustifiée.
Pourquoi une expertise professionnelle est indispensable
L’identification fiable repose sur une analyse globale croisant pâte, cobalt, forme, décor, usure et contexte historique. Aucun critère pris isolément ne permet une attribution certaine.
Une expertise professionnelle indépendante permet :
d’éviter les erreurs d’attribution,
d’établir une estimation cohérente et défendable,
de sécuriser une vente, une assurance ou une transmission patrimoniale.
Dans le domaine des porcelaines asiatiques, l’analyse comparative reste l’outil le plus sûr pour une identification fiable.















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