Un rare brûle-parfum en bronze moucheté d'or des XVIIe-XVIIIe siècles présenté chez Millon
- 3 juin
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Parmi les pièces les plus intéressantes de la vente Art d'Asie organisée par Millon le 11 juin 2026 figure un important brûle-parfum tripode en bronze à décor dit « gold-splashed », estimé 10 000 à 15 000 euros.
D'une hauteur de 27 cm, cet élégant brûle-parfum chinois présente toutes les caractéristiques des bronzes de cabinet recherchés par les collectionneurs d'art asiatique. Sa forme globulaire repose sur trois pieds coniques tandis que deux dragons rampants appliqués sur la lèvre supportent des anneaux mobiles. Son décor moucheté d'or, sa belle patine brun mordoré et son rare couvercle en bois ajouré en font un objet particulièrement séduisant.
Catalogué comme une œuvre des XVIIe-XVIIIe siècles, il témoigne du raffinement des productions destinées aux cabinets de lettrés durant la transition entre la fin des Ming et les débuts de la dynastie Qing.
Le brûle-parfum, objet emblématique du cabinet de lettré
Dans la Chine impériale, le brûle-parfum occupait une place essentielle dans l'univers du lettré. Il accompagnait la lecture, la calligraphie, la peinture et la méditation. L'encens n'était pas seulement utilisé pour parfumer une pièce mais participait à un véritable art de vivre où chaque objet possédait une fonction esthétique autant qu'intellectuelle.
Les plus beaux brûle-parfums étaient disposés sur les tables d'étude aux côtés des pierres à encre, porte-pinceaux, rouleaux calligraphiés ou pierres de collection. Ils formaient un ensemble cohérent destiné à favoriser la réflexion et la contemplation.
La forme tripode de l'exemplaire présenté ici s'inspire directement des antiques vases rituels en bronze admirés par les érudits chinois depuis des siècles. Cette référence à l'Antiquité constitue l'une des caractéristiques majeures du goût lettré sous les Ming et les Qing.
Une fonte de qualité et un décor particulièrement recherché

Le premier élément qui attire le regard est la qualité générale de la fonte.
Le corps globulaire présente des proportions particulièrement harmonieuses tandis que les dragons formant les anses témoignent d'un travail de sculpture soigné. Le modelé reste dynamique, avec des corps nerveux et des détails encore parfaitement lisibles.
Mais l'intérêt principal de cette pièce réside dans son décor dit « gold-splashed ».
Cette finition, particulièrement appréciée entre les XVIe et XVIIIe siècles, consiste à projeter ou incruster de fines particules d'or à la surface du bronze. Contrairement à une dorure uniforme destinée à recouvrir totalement l'objet, cette technique produit un effet plus subtil où les éclats d'or semblent flotter à la surface du métal.
Les collectionneurs chinois appréciaient particulièrement ces surfaces vibrantes évoquant parfois un ciel étoilé ou certaines pierres naturellement mouchetées. La lumière joue constamment avec la patine, révélant ou dissimulant les projections dorées selon l'angle d'observation.
Sur cet exemplaire, l'effet demeure particulièrement lisible et contribue largement à son attrait esthétique.
Un couvercle en bois ancien particulièrement inhabituel
Autre élément remarquable, le couvercle est réalisé en bois finement ajouré.
Les brûle-parfums de cette catégorie sont généralement conservés avec des couvercles métalliques. La présence d'un couvercle ancien en bois sculpté constitue donc une particularité intéressante.
Le décor développe un réseau dense de rinceaux organisé autour d'un motif de lotus. Ce dernier occupe une place fondamentale dans l'iconographie bouddhique et chinoise. Émergeant des eaux troubles tout en demeurant parfaitement pur, le lotus symbolise l'élévation spirituelle et la pureté morale.
La prise en pierre dure apporte une touche supplémentaire de raffinement et témoigne du soin apporté à la conception de l'ensemble.
L'objet repose enfin sur une base en bois sculpté à décor de pétales rayonnants qui participe pleinement à sa mise en scène.
Le marché des bronzes mouchetés d'or

Le marché international des bronzes chinois anciens demeure particulièrement dynamique.
Les brûle-parfums de qualité provenant des périodes Ming et Qing figurent régulièrement dans les ventes de Sotheby's, Christie's, Bonhams ou Poly Auction Hong Kong. Les exemplaires présentant une belle patine ancienne et un décor moucheté d'or sont particulièrement recherchés par les collectionneurs asiatiques.
En 2019, Sotheby's Hong Kong présentait un brûle-parfum rectangulaire en bronze moucheté d'or des XVIe-XVIIe siècles qui atteignait près de 375 000 HKD. D'autres exemples comparables ont régulièrement dépassé plusieurs dizaines de milliers d'euros lorsque la qualité de la fonte, l'ancienneté et la provenance étaient réunies.
Le marché a également connu plusieurs résultats spectaculaires concernant des brûle-parfums de la fin des Ming conservés dans d'anciennes collections européennes. Certaines pièces exceptionnelles ont ainsi atteint plusieurs centaines de milliers d'euros, voire davantage pour les exemplaires les plus rares.
Cette forte demande s'explique notamment par le retour des grands collectionneurs chinois sur le marché international depuis le début des années 2000 et par l'intérêt croissant porté aux objets liés à la culture des lettrés.
Une estimation cohérente avec le marché
Le brûle-parfum présenté dans la vente Art d'Asie de Millon ne relève pas de la catégorie des bronzes impériaux ou des chefs-d'œuvre muséaux ayant atteint des sommets aux enchères.
Il présente néanmoins plusieurs caractéristiques particulièrement recherchées :
une datation ancienne des XVIIe-XVIIIe siècles ;
une belle qualité de fonte ;
un décor moucheté d'or bien conservé ;
une patine profonde et homogène ;
des anses zoomorphes finement travaillées ;
un couvercle ancien en bois sculpté peu commun ;
un socle ancien associé.
L'estimation de 10 000 à 15 000 euros retenue pour cette vente apparaît ainsi parfaitement cohérente au regard du marché actuel.
Expertise et estimation des bronzes chinois anciens
Les brûle-parfums chinois figurent parmi les objets les plus fréquemment soumis à expertise auprès de Gauchet Art Asiatique.
La distinction entre une production du XVIIe siècle, une œuvre Qing plus tardive ou une fabrication du XIXe siècle repose sur l'analyse de nombreux critères : qualité de la fonte, composition des alliages, patines, reprises au ciseau, usures naturelles, systèmes d'assemblage et comparaisons avec les œuvres conservées dans les collections publiques et les grandes ventes internationales.
Une expertise spécialisée demeure souvent indispensable pour déterminer avec précision l'âge, l'importance et la valeur d'un bronze chinois ancien.
Vente Art d'Asie – Millon Paris – 11 juin 2026
Lot 16
CHINE, XVIIe-XVIIIe siècle
Rare et important brûle-parfum tripode en bronze à décor "gold-splashed"
Hauteur : 27 cm
Estimation : 10 000 – 15 000 €


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